Chante le blues des hauts plateaux du Cameroun

Marchant à pas de géant sur les traces d’Ali Farka Touré, de Youssou N’Dour, de Boubakar Traoré ou de Corey Harris, Roland Tchakounté est un de ces grands griots africains modernes qui ont déjà bien bourlingué dans le monde de la musique en général et dans celui du blues en particulier. Né au Cameroun, loin des champs de coton qui ont peaufiné le style de ses lointains ancêtres, Roland a commencé sa carrière discographique en enregistrant deux vinyles dans les studios de Douala avant de venir s’installer en France en 1990. Apôtre de la liberté, le chanteur et guitariste aura pris une petite dizaine d’années avant d’enregistrer son premier album européen, l’excellent Bred Bouh Shuga Blues, un ouvrage en groupe dans lequel il chantait déjà dans son dialecte natal, le bamiléké.

Bien qu’ayant appris à chanter sur des musiques afro-américaines, Roland a toujours flirté avec les musiques dites traditionnelles, celles qui, brutes et profondes, ne respectent aucune structure et sont plus un prétexte servant à aborder des sentiments souvent tristes sur des mélodies sauvages. Longtemps restée secrète, cette passion a fini par prendre le dessus grâce à deux grands artistes. « Un jour, à Paris, j’ai découvert un morceau qui m’a totalement bouleversé ! Il s’agissait de Crawling Kingsnake de John Lee Hooker. J’ai tout d’abord cru que c’était un de ces Africains qui avait américanisé son nom mais mon ami Samba Ndiaye, ex-guitariste de Mory Kanté, m’a très vite confirmé que c’était là son vrai nom et qu’il s’agissait bien d’un Américain. Je venais de découvrir le blues, source de toutes les musiques sur lesquelles j’ai appris à chanter. La similitude entre la musique de ce John Lee Hooker et celle que j’ai toujours adorée a déterminé mon orientation musicale. Et puis le 24 décembre 2001, j’ai découvert à la Fnac de Noisy-le-Grand celui qui m’a complètement débarrassé du complexe de chanter le blues en bamiléké. Il s’agissait d’Ali Farka Touré. J’ai compris que cette musique touchait des gens en Europe et que j’avais, dans mon répertoire, de quoi les satisfaire. Moi qui pensais que ça n’intéresserait personne ! »

La rencontre en 2004 avec Mick Ravassat, le slideur du Révérend Blues Gang, sera décisive puisque c’est désormais vers le duo acoustique que Roland Tchakounté s’engage, tentant quelques belles expériences en Angleterre et au Japon avant de se mettre sérieusement à l’écriture d’un nouvel album, Aba Ngo, affichant un jeu de guitare tout en finesse et un chant, encore et toujours en bamiléké.

Premiers artistes français invités par Barry Dolins à se produire au Chicago Blues Festival en 2005, Roland et Mick sauront saisir leur chance et se faire remarquer par un public conquis par la maestria avec laquelle ils manient la voix éraillée juste ce qu’il faut et la guitare acoustique pour le premier, le dobro et les résonateurs pour le second. « Deux jours après le concert, on se promenait dans Chicago et des gens nous abordaient pour nous demander de leur signer des autographes… C’est dingue ! », se souvient Mick avec de petites étoiles dans les yeux. Le même effet s’est reproduit à chaque fois au Québec où ils se sont produits en duo puis en trio avec le troisième maillon d’un groupe nouvelle formule, le percussionniste Mathias Bernheim, dans des endroits prestigieux comme le FestiBlues International de Montréal (2006), le Festival International de Jazz de Montréal (2007), le Festival Blues de Tremblant (2007) mais aussi, beaucoup plus près de chez nous, en Belgique où ils jouissent d’une importante aura ou encore à Cognac où ils ont décroché le Prix Cognac Passions en 2007 après deux participations consécutives au festival de blues des bords de la Charente pour lequel ils avaient gagné leur premier billet d’entrée grâce au tremplin Blues-sur-Seine en novembre 2005. Entre Temps, Roland et Mick redevenus duo pour quelques jours s’illustraient en devenant finalistes de l’International Blues Challenge de Memphis début février 2007 et faisaient grande impression auprès d’un jury dans lequel on reconnaissait entre autres un certain Bruce Iglauer, le big boss du très prestigieux label Alligator Records !
Fort du succès d’Aba Ngo, Roland Tchakounté se devait de proposer un troisième album digne de la virtuosité de son prédécesseur et c’est ce qu’il fait en ce début d’année 2008 avec Waka, un nouvel effort où le trio se voit épaulé à l’occasion par les claviers de Christian Rousset et sur lequel Roland se laisse même aller à sortir de sa poche un harmonica … Fidèle au Bamiléké, l’artiste cède quand même à l’appel bien naturel de quelques-uns de ses nombreux fans en leur proposant une chanson dans la langue de Molière et se montre pour l’occasion sous un nouveau jour, certes un peu différent mais totalement complémentaire de celui que l’on connaissait déjà … Toujours aussi adulé par les scènes internationales, c’est le Burkina Faso mais aussi l’Asie qui ouvriront cette année leurs bras à Roland Tchakounté. On reparle également du Québec où les traces laissées entre autres par le spectacle Planète blues capté en 2006 par les caméras de TV5 pour une diffusion dans toute l’Amérique sont restées ancrées dans les mémoires ! Les Etats Unis se verraient bien également accueillir une tournée de Roland Tchakounté en trio …

La musique de Roland, Mick et Mathias est d’une approche plutôt simple. C’est la rencontre d’un bottleneck, de quelques doigts et de six cordes à chaque instrument, mais c’est aussi un creuset où se mélangent, dans un lit de culture américaine, les influences africaines de Roland et celles européennes de Mick, le tout délicatement saupoudré des percussions ingénieuses du gourou Mathias qui magnifie à chaque instant l’union sacrée qui unit les deux guitaristes, chacun faisant naturellement l’effort de s’ouvrir à la façon de jouer de l’autre. Le sourire aux lèvres et les yeux dans ceux du public, Roland est le moteur du trio, celui qui lui donne son feeling et son côté exotique attachant. Concentré sur son jeu, penché sur son instrument, Mick est l’essence qui le fait avancer en lui conférant ses hautes capacités techniques sans pour autant en faire des tonnes. Mathias, le dernier arrivé assure pour sa part le rôle désormais indispensable de déclencheur, celui qui aide à la création de l’étincelle qui met l’ensemble en marche … Car ce qui prime dans cette aventure en noir et blanc, c’est la sobriété et la spontanéité de l’ensemble, ce côté faussement facile qui cache des sommes considérables de travail de composition et de mise en place
Fred Delforge

NOUVEL ALBUM : Waka (BCA Records)
EN TOURNÉE

21 juin 2008
Fête de La musique - Gensac la Palue (16)

29 juin 2008
Festival d’ Eupen - Eupen

2 juil. 2008
Gresiblues Festival - Grenoble-Chambery

13 juil. 2008
St Georges des Côteaux (17)

15 juil. 2008
Chatelaillon (17)

17 juil. 2008
Niort (79)

23 juil. 2008
Festival Blues Passion
Cognac

27 juil. 2008
Festival Blues Passion
Cognac

8 août 2008
Festival de Jazz de Vaison la Romaine
Vaison la Romaine

30 août 2008
Festival Blues à Hinx
Hinx



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